De l'égalité à un autre mode de fonctionnement sociétal

 

Penser un lien entre le climat et le traitement des handicaps dans le monde et en France.

Si la France reconnaît officiellement plus de 12 millions de personnes handicapées à travers le pays, la prise en charge et la politique d'accompagnement de la majorité de ces personnes est loin d'être égalitaire ni même d'une quelconque logique égalitaire.

La reconnaissance du handicap est dans la plupart des cas un parcours du combattant, et les conditions d'attribution des aides et allocations financières, comme le droit à l'accompagnement, souvent nécessaire, par du personnel qualifié dans le cadre d'une aide à l'accès à l'autonomie, restent extrêmement problématiques.

Avec 80% de cas de handicaps invisibles*, (sur les 12 millions de cas recensés en France par les MDPH - Maison Départementale pour les personnes handicapées -), c'est environ 10% de la population française qui est atteinte d'un ou plusieurs handicaps sans que puissent les détecter, du moins à première vue, un nom professionnel de santé.

Cancers, fibromyalgie, autisme, épilepsie, emphysèmes pulmonaires... La liste des troubles invisibles mais bien handicapants est longue, et leur prise en charge quasi inexistante, si ce n'est la qualification de travailleuses et travailleurs handicapés. Une reconnaissance faite au nom de l'accès à l'emploi des personnes handicapées qui profite surtout aux employeurs bénéficiant ainsi de réductions sur le coût de l'emploi.

Un impact minimal et toujours plus de discrimination.

Alors que la barre des dix millions de pauvres est dépassée en France, et malgré la crise sanitaire de la Covid-19, on continue d'attribuer des RQTH – Reconnaissance de la Qualité de travailleur handicapé - , à des personnes atteintes de maladies chroniques souvent incurables, dont certaines n'ont pas même pas de traitements existants, souvent appelées personnes à risques face à cette pandémie, sans pour autant leur permettre l'accès à une allocation de solidarité.

Si le sujet de la reconnaissance de l'handicapé comme un citoyen à part entière, et non plus comme un assisté, avance progressivement, souvent grâce au travail de fond des militants, la législation au sujet de l'accès à la reconnaissance statutaire des personnes assujetties à un ou plusieurs handicaps reste inadaptée.

Ainsi la discrimination et la manque d'accompagnement psychologique restent tout aussi chroniques que certaines des maladies et souffrances des personnes concernées.

Les témoignages nombreux de personnes qui préfèrent ne pas parler de leurs handicaps invisibles sont nombreux, c'est aussi parce que dans la société du mérite, que nous subissons toutes et tous depuis l'enfance au travers le bon point à la sanction d'un devoir raté, porte les valeurs d'une apparence modelée et d'une santé à toute épreuve, liées à une réussite sociale sans laquelle nous sommes considéré comme étant en échec.

Un sentiment de culpabilité lié au regard d'une société qui accuse les minorités et culpabilise les concernés. Un enfermement psychologique mais pas seulement.

On ne compte plus par exemple les parents de jeunes atteint de TDAH obligés de justifier de l'éducation faite à leurs enfants avant de pouvoir accéder à une étude réelle des troubles véritables. Il en va de même pour les personnes atteintes de dépressions, de troubles de fatigue, d'autisme ou de

maladies comme Parkinson, des cancers et tant d'autres causes.

Autre exemple celui des BPCO - BronchoPneumopatie Chronique Obstructive - , puisque malgré les condamnations pour inaction climatique de l'état français, mais aussi les rapports alarmants des scientifiques sur le sujet des maladies pulmonaires liées à la pollution, le gouvernement continue de tourner la tête face à un problème grandissant.

Selon une étude* coordonnée par l'université de Harvard avec trois universités britanniques, et publiée en février 2021 dans la revue Environmental Research, le nombre de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique par les activités humaines, représente 17% des morts recensés en France en 2018. Un arbre qui cache la forêt de handicaps liés à cette même pollution.

Peut-on accorder une place aux handicapés dans un modèle sociétal productiviste ?

Si on reconnaît ouvertement le problème sociétal et psychologique posé par la recherche de perfection apparente décriée au sujet de l'utilisation des retouches visuelles sur les réseaux sociaux*, alors nous sommes en droit de nous poser la question de la mise à l'écart des personnes considérées comme différentes et, de la souffrance liée à cette écartement normalisé.

L'inconscient collectif admet de manière générale qu'un handicapé, enfant ou adulte, est mieux pris en charge dans un centre spécialisé, lorsque philosophiquement nous serions en droit de nous demander si la considération du nombre d'handicapés dans notre société (plus d'un français sur six) ne devrait pas être de prendre en compte la réalité de l'imperfection de notre humanité.

En effet, le manque de personnel soignants et d'accompagnants, la volonté de placement systématique des handicapés dans des centres spécialisés, la réalité de la complexité du parcours de reconnaissance des handicaps invisibles, témoignent d'une volonté de camoufler la réalité d'une humanité imparfaite, ou la différence doit être tue et la performance prioritaire sur le bien être.

Accepter la différence et vivre avec : un pas vers la sobriété nécessaire à la survie de l'espèce humaine ?

En prenant un temps de recul sur l'état de notre société humaine, à l'échelle planétaire, il apparaît de manière consensuelle que la vision de développement des performances et l'élitisme de la réussite arrive au bout d'une impasse par la surconsommation des ressources et la course à l'accroissement économique*.

Hors, il est intéressant d'imaginer que si nous incorporions les personnes vulnérables à nos sociétés et invitions les plus valides à vivre en harmonie avec les plus faibles, non seulement nous casserions le phénomène de course à la réussite, assumant que l'intégration fraternelle est plus importante que la productivité, mais nous inciterions ainsi de nombreuses personnes à accepter leurs imperfections pour mieux vivre avec.

Et bien qu'il soit difficile de contester que la performance serait alors plus lente et moins productiviste, il serait également compliqué de contester que de ce simple fait : le danger climatique lié à l'activité humaine ralentirait par effet domino.

Comme un cercle vertueux et humaniste.

Et pourtant dans les faits, c'est exactement l'inverse qui se produit : On enferme tout ce qui ne correspond pas à la performance voulue.

Cette réalité pousse trop de personnes à cacher leurs handicaps, ou à la vivre comme une honte, lorsque nous devrions accepter la différence comme une évolution. Car c'est la société moderne par ces règles et ces discriminations, qui pousse celui qui a besoin d'aide, à se taire par peur de sa différence.

« Si la société libre ne parvient pas à améliorer le sort de la majorité des pauvres, elle ne pourra pas sauver la minorité des riches » disait John F. Kennedy. Il est aujourd'hui certain que si nous ne changeons pas de modèle sociétal l'humanité coure à sa perte. Et ce n'est qu'en prenant le temps de nous accepter les uns et les autres avec nos différences, que nous retrouverons le rythme d'une vie de tolérance, de solidarité et de partage. Avec ou sans handicap.

Olivier Crenn

*1 : 80 % des handicaps sont invisibles : le saviez-vous ? | caf.fr
*2 : Environmental Research - Journal - Elsevier
*3 : Facebook sait qu’Instagram est toxique pour les adolescentes, selon les documents de l’entreprise - WSJ
*4 : GIEC — Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (ipcc.ch)